Ce projet photographique au long cours a commencé en 2016 dans la cité jardin la Maladrerie à Aubervilliers. Ce travail s’inscrit dans une démarche à la frontière entre photographie documentaire et photographie de l’intime, ayant moi-même habité de mes 5 à 29 ans dans un pavillon au sein de cet ensemble.
La Maladrerie, réalisation brutaliste-utopique, pensée au milieu des années 70 par l’architecte Renée Gailhoustet et labellisée « Patrimoine du XXe siècle » en 2008; mêle logements sociaux et ateliers d’artistes. Ses terrasses-jardins en font un “éco-quartier” d’avant-garde. Zone sensible, l’intitulé de cette série, induit deux niveaux de lecture. Le premier, ironique, joue du cliché médiatique, qui met en scène de manière sensationnaliste la banlieue comme sulfureuse et dangereuse. Le second est plus poétique et proche du réel. Ces photos se concentrent sur ce second sens, capturant la poésie du quotidien des habitants de La Maladrerie. Plusieurs époques se dévoilent à travers cet environnement familier. L’ensemble architectural dans lequel ils vivent témoignent des rêves d’une époque révolue, des fantasmes post-68 désuets d’un futur qui ne s’est jamais réalisé. Il est victime du temps qui passe, et qui emporte les utopies comme il érode les bâtiments. Se pose maintenant la question du futur et de la place que cette cité occupera dans le Grand Paris, entre traces indélébiles d’une philosophie du vivre-ensemble et situations exacerbées de violence et de misère sociale.

Zone sensible

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